Retour sur le 16ème sommet du luxe et de la création

Le 30 janvier dernier avait lieu le 16ème Sommet du luxe et de la création. Plusieurs grands acteurs du luxe se sont rassemblés, et ont pu intervenir sur différentes problématiques liées à ce secteur particulier. Antoinette Lemens du cabinet Lemensearch faisait partie des intervenants.

 Le luxe, comme beaucoup de secteurs, est en pleine mutation et il est indispensable pour lui de s’adapter aux nouveaux comportements et exigences des consommateurs. Plusieurs thèmes sont alors abordés lors des différentes conférences comme l’éthique, les valeurs de la marque et le retail.

 

Un luxe plus éthique et plus responsable

Durant la matinée des tables rondes mettent en avant un luxe de plus en plus engagé, éthique et ayant des valeurs morales, à l’image de Guerlain qui intègre de plus en plus de composants naturels à ses produits, notamment avec sa gamme à la cire d’abeille « Abeille Royale ».

Certaines marques décident également d’abandonner le recours à certaines matières d’origines animales, comme la fourrure ou le cuir. C’est le cas de Stella McCartney qui n’utilise aucune de ces matières dans son processus de création. Plus récemment, la marque Gucci bannit la fourrure de ses collections pour s’adapter aux préoccupations de sa clientèle Millénnials.

Isabelle Capron, vice-présidente d’Icicle (marque chinoise de prêt-à-porter de luxe), est intervenue sur l’aspect éthique et sociétale. Icicle se distingue d’abord par son aspect écologique et utilise uniquement des teintures naturelles pour ses vêtements. La marque porte également des valeurs sociales et responsables : un meilleur salaire et de meilleurs conditions de travail pour ses salariés. Lors de la conférence, Isabelle Capron aborde la « nouvelle Chine » et la jeune génération très attachées à l’écologie, à la transparence et à l’authenticité des marques dans leur décision d’achat.

On peut aussi relever l’intervention de Rahul Mishra, un jeune créateur installé en Inde. Avec le « reverse migration » model, il encourage les artisans à rester et à travailler dans leurs villages. Il emploie aujourd’hui 800 personnes et assure aux salariés et leur famille une sécurité sociale.

 

Luxe, retail et innovation

Un des autres aspects majeurs du luxe et qui est largement abordé durant la journée est le futur du retail.

Durant cette table ronde, Antoinette Lemens (Lemensearch), Patrick Chalhoub (Chalhoub), Julie El Ghouzzi (Centre du luxe et de la création), Massimo Fubini (Contactlab) et François Rosset (Kering Group) partagent tous cette conviction : le magasin est en pleine évolution et son rôle tel qu’on le connaît aujourd’hui va être amené à beaucoup changer. Une large majorité de consommateurs est encore très attachée aux achats en boutique, mais ces derniers sont de plus en plus exigeants quant à l’expérience émotionnelle vécue en magasin.

Pour Antoinette Lemens, qui fait alors part de ses expériences vécues sur le terrain lors des retail tours organisés par Lemensearch, cela se formalise entre autres par le développement de services personnalisés, par le fait de proposer des expériences augmentées et par la simplification des processus d’achats. Le rôle des vendeurs doit également être valorisé afin qu’ils deviennent de véritables ambassadeurs de la marque. Les nouveaux outils mis à leur disposition doivent faire en sorte qu’ils soient libérés de certaines tâches pour se concentrer sur l’offre de nouveaux services, sur l’accueil et le conseil. Ils doivent avoir les moyens de porter une attention particulière à leurs clients.

Le luxe ne doit plus seulement faire rêver par le produit, mais aussi proposer une expérience en magasin. Il faut créer du lien avec le consommateur !

  

« Le retail n’est pas mort, il se revalorise et se réinvente en créant du lien » Julie El Ghouzzi

 

Une preuve indéniable de ce renouvèlement est l’ouverture de lieux physiques par les pure players, pour créer de la valeur et proposer des expériences authentiques et humaines. Le vendeur, acteur essentiel de l’expérience globale, doit être le vecteur de cette expérience émotionnelle et apporter une valeur ajoutée à la marque.

Pour cela il est important que le digital et le physique progressent et évoluent conjointement afin de créer une expérience globale « phygital ». 

Enfin, les marques de luxe doivent rester fidèles à leurs valeurs. La personnalisation des expériences proposées doit être en parfaite corrélation avec les valeurs de la marque (leurs croyances, leurs traditions..). Il est indispensable de proposer des expériences authentiques.

 

A en croire les différentes interventions de la journée et l’enthousiasme des participants, ces prochaines années promettent d’être riches en innovations et de voir émerger de magnifiques projets portés par des consommateurs toujours plus gâtés et exigeants.

 

 Photo : ©Eric Legouhy et Dominique Maître